{"title":"Moselle germanophone, contradictions linguistiques…","authors":"Roland Pfefferkorn","doi":"10.3406/revss.1998.1754","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"■ Cet article discute des rapports entre langue ecrite et langue parlee et entre langue dominante et langue dominee, et de ces rapports entremeles, a partir du terrain mosellan. Il souligne notamment le caractere profondement contradictoire du changement de langue, qui, meme s'il est impose, n'est pas exclusivement negatif. D'autant plus que le change-ment de langue signifie aussi passage d'une langue parlee (le platt, platt-daitsch ou daitsch) a une langue ecrite (le francais). Les vertus de l'ecrit (au demeurant aussi bien de la langue francaise que de l'allemande), en tant que moyen d'acces a l'universel, sont particuliere-ment soulignes au travers d'une variation du vieux debat sur les rapports entre l'universel et le local. L a parution du livre de Daniel Laumesfeld, La Lorraine francique. Culture mosaique et dissidence linguistique 1 offre l'occasion de discuter une fois encore des rapports entre langue ecrite et langue parlee et entre langue dominante et langue dominee, et de ces rapports entremeles. Mais cette fois a partir d'un terrain qui generalement est neglige. Si le cas de l'Alsace est en effet souvent evoque, celui de la minorite germanophone lorraine reste par contre mal connu. Au mieux il est ramene, et donc assimile, a la situation alsacienne, au pire il est ignore. La minorite germanophone lorraine recouvre pourtant environ les deux tiers du departement de la Moselle, a la frontiere du Luxembourg et de l'Allemagne et en bordure du nord de l'Alsace. De Sierck a Bitche, de Phalsbourg a Sarreguemines, de Forbach a Thionville. La langue parlee par cette minorite appartient grosso modo aux familles dialectales franciques qui recouvrent par ailleurs une partie importante du monde germanique central de Cologne a Sarrebruck ou de Luxembourg a Francfort. Alors que la plus grande partie de l'Alsace appartient a l'aire alemanique. L'auteur du livre mentionne plus haut, Daniel Laumesfeld est issu d'une famille ouvriere rurale. Il etait originaire d'un village du nord-ouest du departement de la Moselle, a proximite de Sierck, appartenant a l'aire du francique luxembourgeois. Il avait notamment vecu par la suite a Thionville qui se trouve a la limite de cette aire et s'etait engage activement pendant plusieurs annees dans la lutte contre la centrale nucleaire de Cattenom construite au bord de la Moselle a la frontiere franco-luxembourgeoise. L'un des principaux animateurs du mouvement regionaliste progressiste lorrain et musicien reconnu, il avait prolonge son activite militante sur le terrain «savant» comme docteur en linguistique et charge de cours a l'universite de Metz. Mort brutalement en 1991, a l'âge de 36 ans, son livre posthume est d'abord le reflet de son itineraire. Celui-ci rassemble un ensemble de textes qui fournissent un certain nombre d'informations et des reflexions sociolinguistiques, historiques, economiques, sociales et politiques et s'adresse a tous ceux qui s'interessent aux minorites linguistiques, en France ou ailleurs. Ses analyses sont fortement centrees sur sa zone d'origine, l'aire du francique luxembourgeois et de ce fait marquees par un certain localisme. Les conclusions et les enseignements qu'il en tire pour l'en-semble de l'aire francique mosellane ne sont pas toujours convaincantes. La toute relative unite linguistique de la Lorraine francique se traduit-elle vraiment par une unite regionale vecue comme telle par ses habitants ? Correspond-elle effectivement a une unite economique et sociale quand on sait par exemple, que les etudes de l'INSEE portant sur les deplacements de population (quotidiens ou hebdomadaires) ou sur les migrations interregionales montrent que le bassin houiller (Forbach, Merlebach, voire Saint-Avold), et davantage encore la region de Sarreguemines et le pays de Bitche sont fortement tournes vers Strasbourg et l'Alsace, mais aussi vers l'Allemagne, alors que le Nord-Ouest du departement, la","PeriodicalId":82552,"journal":{"name":"Revue des sciences sociales de la France de l'Est","volume":"1 1","pages":""},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"1998-01-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"1","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Revue des sciences sociales de la France de l'Est","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://doi.org/10.3406/revss.1998.1754","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"","JCRName":"","Score":null,"Total":0}
■ Cet article discute des rapports entre langue ecrite et langue parlee et entre langue dominante et langue dominee, et de ces rapports entremeles, a partir du terrain mosellan. Il souligne notamment le caractere profondement contradictoire du changement de langue, qui, meme s'il est impose, n'est pas exclusivement negatif. D'autant plus que le change-ment de langue signifie aussi passage d'une langue parlee (le platt, platt-daitsch ou daitsch) a une langue ecrite (le francais). Les vertus de l'ecrit (au demeurant aussi bien de la langue francaise que de l'allemande), en tant que moyen d'acces a l'universel, sont particuliere-ment soulignes au travers d'une variation du vieux debat sur les rapports entre l'universel et le local. L a parution du livre de Daniel Laumesfeld, La Lorraine francique. Culture mosaique et dissidence linguistique 1 offre l'occasion de discuter une fois encore des rapports entre langue ecrite et langue parlee et entre langue dominante et langue dominee, et de ces rapports entremeles. Mais cette fois a partir d'un terrain qui generalement est neglige. Si le cas de l'Alsace est en effet souvent evoque, celui de la minorite germanophone lorraine reste par contre mal connu. Au mieux il est ramene, et donc assimile, a la situation alsacienne, au pire il est ignore. La minorite germanophone lorraine recouvre pourtant environ les deux tiers du departement de la Moselle, a la frontiere du Luxembourg et de l'Allemagne et en bordure du nord de l'Alsace. De Sierck a Bitche, de Phalsbourg a Sarreguemines, de Forbach a Thionville. La langue parlee par cette minorite appartient grosso modo aux familles dialectales franciques qui recouvrent par ailleurs une partie importante du monde germanique central de Cologne a Sarrebruck ou de Luxembourg a Francfort. Alors que la plus grande partie de l'Alsace appartient a l'aire alemanique. L'auteur du livre mentionne plus haut, Daniel Laumesfeld est issu d'une famille ouvriere rurale. Il etait originaire d'un village du nord-ouest du departement de la Moselle, a proximite de Sierck, appartenant a l'aire du francique luxembourgeois. Il avait notamment vecu par la suite a Thionville qui se trouve a la limite de cette aire et s'etait engage activement pendant plusieurs annees dans la lutte contre la centrale nucleaire de Cattenom construite au bord de la Moselle a la frontiere franco-luxembourgeoise. L'un des principaux animateurs du mouvement regionaliste progressiste lorrain et musicien reconnu, il avait prolonge son activite militante sur le terrain «savant» comme docteur en linguistique et charge de cours a l'universite de Metz. Mort brutalement en 1991, a l'âge de 36 ans, son livre posthume est d'abord le reflet de son itineraire. Celui-ci rassemble un ensemble de textes qui fournissent un certain nombre d'informations et des reflexions sociolinguistiques, historiques, economiques, sociales et politiques et s'adresse a tous ceux qui s'interessent aux minorites linguistiques, en France ou ailleurs. Ses analyses sont fortement centrees sur sa zone d'origine, l'aire du francique luxembourgeois et de ce fait marquees par un certain localisme. Les conclusions et les enseignements qu'il en tire pour l'en-semble de l'aire francique mosellane ne sont pas toujours convaincantes. La toute relative unite linguistique de la Lorraine francique se traduit-elle vraiment par une unite regionale vecue comme telle par ses habitants ? Correspond-elle effectivement a une unite economique et sociale quand on sait par exemple, que les etudes de l'INSEE portant sur les deplacements de population (quotidiens ou hebdomadaires) ou sur les migrations interregionales montrent que le bassin houiller (Forbach, Merlebach, voire Saint-Avold), et davantage encore la region de Sarreguemines et le pays de Bitche sont fortement tournes vers Strasbourg et l'Alsace, mais aussi vers l'Allemagne, alors que le Nord-Ouest du departement, la