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{"title":"Sony Labou Tansi:Bessem Aloui 所著的 folies romanesques(评论)","authors":"Adama Togola","doi":"10.1353/tfr.2023.a911364","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"Reviewed by: Sony Labou Tansi: folies romanesques par Bessem Aloui Adama Togola Aloui, Bessem. Sony Labou Tansi: folies romanesques. L’Harmattan, 2021. ISBN 978-2-343-16750-3. Pp. 284. La folie dont Shoshana Felman dit que tout roman contient à la fois la tentation et la négation (La folie et la chose littéraire, Seuil, 1987, 126) occupe une place importante dans la littérature d’Afrique francophone. De L’Europe, L’Afrique et la folie (1993) de Bernard Mouralis à Sylvain Bemba: récits entre folie et pouvoir (1996) d’André Djiffack en passant par Esthétique et folie dans l’œuvre romanesque de Pius Ngandu Nkashama (1998) d’Alexie Tcheuyap, l’on remarque que l’écriture de la folie constitue une donnée majeure dans le roman africain. Si ces différentes études portent aussi bien sur la représentation historique de la folie que sur son sens dans la production romanesque, elles ont le mérite de faire un constat unanime: l’écriture de la folie révèle certaines réalités sociales. C’est dans cette dynamique critique que s’inscrit l’ouvrage Sony Labou Tansi: folies romanesques de Bessem Aloui dont l’objectif central est d’approfondir la problématique entre la folie et les textes de cet écrivain congolais. Plutôt que de centrer son étude sur les significations culturelles et religieuses de la folie, Bessem Aloui choisit d’analyser le “choix politique de la folie” (21) dans l’œuvre de Sony Labou Tansi, à partir d’une perspective épistémologique précise. Pour ce faire, elle s’appuie sur un corpus de six romans de l’auteur (La vie et demie (1978), L’état honteux (1981), L’anté-peuple (1983), Les sept solitudes de Lorsa Lopez (1985), Les yeux du volcan (1988) et Le commencement des douleurs (1995)), sélectionnés en fonction de l’immense place qu’ils accordent à la folie. Si ces textes mettent en scène des personnages hantés par “la bizarrerie du vécu” (75) et qui trouvent dans la folie le pouvoir subtil de dire d’autres réalités, il faut observer, selon Bessem Aloui, que l’écriture de la folie chez Sony Labou Tansi part d’abord d’un “contexte fou” (14) pour dévoiler les contradictions sociales, politiques et culturelles. L’étude de Bessem Aloui ne se contente pas, bien sûr, de décrire ces figures de la folie dans les romans, elle met fondamentalement l’accent sur la dialectique permanente entre le tragique et le rire qui donne un rythme singulier au texte. Elle s’appuie sur de solides postulats théoriques (Michel Foucault, Shoshana Felman, Gwenhaël Ponnau et Carl Gustav Jung) pour montrer que la folie dans l’œuvre romanesque de Sony Labou se manifeste aussi par l’hésitation et le silence, deux valeurs cardinales qui apparaissent comme une échappatoireà la bestialité du pouvoir tortionnaire (55). C’est à partir de ce double mouvement que Bessem Aloui ambitionne de se tailler une place au sein de la critique sonyenne. Son ouvrage ne manque pas d’intérêt, même si l’on y déplore quelques rares [End Page 193] coquilles. C’est un ouvrage stimulant qui apporte un éclairage significatif sur l’œuvre de cette figure majeure de la littérature africaine. En interrogeant les limites du genre auquel appartiennent ses romans, l’œuvre romanesque de Sony Labou Tansi s’inscrit dans un vaste répertoire de textes africains et occidentaux dont est tributaire sa signification historique. 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Sony Labou Tansi: folies romanesques par Bessem Aloui (review)
Reviewed by: Sony Labou Tansi: folies romanesques par Bessem Aloui Adama Togola Aloui, Bessem. Sony Labou Tansi: folies romanesques. L’Harmattan, 2021. ISBN 978-2-343-16750-3. Pp. 284. La folie dont Shoshana Felman dit que tout roman contient à la fois la tentation et la négation (La folie et la chose littéraire, Seuil, 1987, 126) occupe une place importante dans la littérature d’Afrique francophone. De L’Europe, L’Afrique et la folie (1993) de Bernard Mouralis à Sylvain Bemba: récits entre folie et pouvoir (1996) d’André Djiffack en passant par Esthétique et folie dans l’œuvre romanesque de Pius Ngandu Nkashama (1998) d’Alexie Tcheuyap, l’on remarque que l’écriture de la folie constitue une donnée majeure dans le roman africain. Si ces différentes études portent aussi bien sur la représentation historique de la folie que sur son sens dans la production romanesque, elles ont le mérite de faire un constat unanime: l’écriture de la folie révèle certaines réalités sociales. C’est dans cette dynamique critique que s’inscrit l’ouvrage Sony Labou Tansi: folies romanesques de Bessem Aloui dont l’objectif central est d’approfondir la problématique entre la folie et les textes de cet écrivain congolais. Plutôt que de centrer son étude sur les significations culturelles et religieuses de la folie, Bessem Aloui choisit d’analyser le “choix politique de la folie” (21) dans l’œuvre de Sony Labou Tansi, à partir d’une perspective épistémologique précise. Pour ce faire, elle s’appuie sur un corpus de six romans de l’auteur (La vie et demie (1978), L’état honteux (1981), L’anté-peuple (1983), Les sept solitudes de Lorsa Lopez (1985), Les yeux du volcan (1988) et Le commencement des douleurs (1995)), sélectionnés en fonction de l’immense place qu’ils accordent à la folie. Si ces textes mettent en scène des personnages hantés par “la bizarrerie du vécu” (75) et qui trouvent dans la folie le pouvoir subtil de dire d’autres réalités, il faut observer, selon Bessem Aloui, que l’écriture de la folie chez Sony Labou Tansi part d’abord d’un “contexte fou” (14) pour dévoiler les contradictions sociales, politiques et culturelles. L’étude de Bessem Aloui ne se contente pas, bien sûr, de décrire ces figures de la folie dans les romans, elle met fondamentalement l’accent sur la dialectique permanente entre le tragique et le rire qui donne un rythme singulier au texte. Elle s’appuie sur de solides postulats théoriques (Michel Foucault, Shoshana Felman, Gwenhaël Ponnau et Carl Gustav Jung) pour montrer que la folie dans l’œuvre romanesque de Sony Labou se manifeste aussi par l’hésitation et le silence, deux valeurs cardinales qui apparaissent comme une échappatoireà la bestialité du pouvoir tortionnaire (55). C’est à partir de ce double mouvement que Bessem Aloui ambitionne de se tailler une place au sein de la critique sonyenne. Son ouvrage ne manque pas d’intérêt, même si l’on y déplore quelques rares [End Page 193] coquilles. C’est un ouvrage stimulant qui apporte un éclairage significatif sur l’œuvre de cette figure majeure de la littérature africaine. En interrogeant les limites du genre auquel appartiennent ses romans, l’œuvre romanesque de Sony Labou Tansi s’inscrit dans un vaste répertoire de textes africains et occidentaux dont est tributaire sa signification historique. [End Page 194] Adama Togola McGill University (QC), Canada Copyright © 2023 American Association of Teachers of French