La foresterie sociale dans la décennie 1970, la cogestion à partir de 1990 et la reconnaissance de la constitutionnalité des droits forestiers en 2006 laissaient présager que le régime forestier de l’Inde, demeuré une prérogative étatique depuis l’ère coloniale, allait progressivement être soumis à des processus de décisions démocratiques. Toutefois, le durcissement en parallèle des lois sur la protection de la biodiversité a permis au Département des forêts de garder ses privilèges et son autorité morale sur la forêt dans plusieurs états indiens, souvent au détriment des population locales. Cet article scrute les conceptions du soi et de la citoyenneté des éleveurs nomades Van Gujjars de l’Uttar Pradesh et de l’Uttarakhand, qu’ils vivent à l’intérieur ou à proximité du parc national de Rajaji, à travers le prisme que leur offre spontanément leurs contacts quotidiens avec des animaux sauvages et domestiques : tigres et léopards, hirondelles, macaques et buffles. Considérant une gamme de rapports matériels et langagiers au sein desquels s’immiscent des figures animalières, cet article mobilise l’ethnographie multiespèce pour mettre en lumière des principes et des valeurs qui sous-tendent les revendications citoyennes des habitants traditionnels des forêts et analyser des mécanismes d’inclusion et d’exclusion propres aux zones forestières en Inde.
{"title":"« Vivre comme des animaux »","authors":"Pierre-Alexandre Paquet","doi":"10.7202/1091315ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091315ar","url":null,"abstract":"La foresterie sociale dans la décennie 1970, la cogestion à partir de 1990 et la reconnaissance de la constitutionnalité des droits forestiers en 2006 laissaient présager que le régime forestier de l’Inde, demeuré une prérogative étatique depuis l’ère coloniale, allait progressivement être soumis à des processus de décisions démocratiques. Toutefois, le durcissement en parallèle des lois sur la protection de la biodiversité a permis au Département des forêts de garder ses privilèges et son autorité morale sur la forêt dans plusieurs états indiens, souvent au détriment des population locales. Cet article scrute les conceptions du soi et de la citoyenneté des éleveurs nomades Van Gujjars de l’Uttar Pradesh et de l’Uttarakhand, qu’ils vivent à l’intérieur ou à proximité du parc national de Rajaji, à travers le prisme que leur offre spontanément leurs contacts quotidiens avec des animaux sauvages et domestiques : tigres et léopards, hirondelles, macaques et buffles. Considérant une gamme de rapports matériels et langagiers au sein desquels s’immiscent des figures animalières, cet article mobilise l’ethnographie multiespèce pour mettre en lumière des principes et des valeurs qui sous-tendent les revendications citoyennes des habitants traditionnels des forêts et analyser des mécanismes d’inclusion et d’exclusion propres aux zones forestières en Inde.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"42119649","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Le choix d’appréhender la citoyenneté des musulmans à partir de jeunes réislamisés qui sont loin d’être représentatifs de l’ensemble des musulmans indiens peut surprendre ; mais c’est précisément leur apparente altérité radicale, à la fois construite comme telle par les intéressés et perçue comme telle par la société majoritaire (les hindous), qui est intéressante. Les jeunes réislamisés représentent en effet un groupe dont le rapport à la nation est potentiellement plus mis en doute encore que celui de leurs coreligionnaires « ordinaires ». Quels effets la réislamisation, qui emprunte en partie ses modèles à des référents extérieurs, peut-elle avoir sur le rapport à l’Inde de ces jeunes réislamisés ? Les différences avec les jeunes musulmans « ordinaires » et avec les autres jeunes Indiens, toutes religions confondues, sont-elles significatives ? Pour mieux contextualiser le propos, je commencerai par analyser la tension entre les droits constitutionnels qui garantissent aux musulmans le statut de citoyen à part entière et une réalité sociale et politique marquée par une marginalisation et une stigmatisation croissantes. Je m’interrogerai ensuite sur les effets d’une construction de soi par les jeunes réislamisés comme délibérément distinct des autres sur leur rapport à autrui, les hindous tout particulièrement. Enfin, je m’intéresserai à leur rapport au politique, ce qui en retour permettra de jeter un éclairage sur leurs pratiques citoyennes.
{"title":"Citoyenneté et religion","authors":"Aminah Mohammad-Arif","doi":"10.7202/1091311ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091311ar","url":null,"abstract":"Le choix d’appréhender la citoyenneté des musulmans à partir de jeunes réislamisés qui sont loin d’être représentatifs de l’ensemble des musulmans indiens peut surprendre ; mais c’est précisément leur apparente altérité radicale, à la fois construite comme telle par les intéressés et perçue comme telle par la société majoritaire (les hindous), qui est intéressante. Les jeunes réislamisés représentent en effet un groupe dont le rapport à la nation est potentiellement plus mis en doute encore que celui de leurs coreligionnaires « ordinaires ». Quels effets la réislamisation, qui emprunte en partie ses modèles à des référents extérieurs, peut-elle avoir sur le rapport à l’Inde de ces jeunes réislamisés ? Les différences avec les jeunes musulmans « ordinaires » et avec les autres jeunes Indiens, toutes religions confondues, sont-elles significatives ? Pour mieux contextualiser le propos, je commencerai par analyser la tension entre les droits constitutionnels qui garantissent aux musulmans le statut de citoyen à part entière et une réalité sociale et politique marquée par une marginalisation et une stigmatisation croissantes. Je m’interrogerai ensuite sur les effets d’une construction de soi par les jeunes réislamisés comme délibérément distinct des autres sur leur rapport à autrui, les hindous tout particulièrement. Enfin, je m’intéresserai à leur rapport au politique, ce qui en retour permettra de jeter un éclairage sur leurs pratiques citoyennes.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"46476712","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
L’histoire récente du Chili est liée à l’exploitation minière. Dans les régions du nord du pays, l’expansion minière a généré de profondes transformations environnementales et des changements sociaux dans les communautés autochtones qui habitent ces régions. À travers une série de vignettes, j’explore les camps miniers abandonnés d’Ollagüe, une communauté quechua située dans les hautes terres (puna) du nord du Chili. Les ruines de l’industrie du soufre permettent d’explorer l’histoire profonde de ces changements socioéconomiques. Je propose une exploration des vibrances volcaniques, les volcans étant compris ici comme des espaces culturels de production minière, comme des espaces naturels qui témoignent des changements et des impacts de l’industrie du soufre et comme des entités vivantes dont la rébellion contre la domestication humaine a façonné la sociabilité entre la communauté locale et eux.
{"title":"Soroche, rébellion et capitalisme","authors":"Francisco Rivera","doi":"10.7202/1091317ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091317ar","url":null,"abstract":"L’histoire récente du Chili est liée à l’exploitation minière. Dans les régions du nord du pays, l’expansion minière a généré de profondes transformations environnementales et des changements sociaux dans les communautés autochtones qui habitent ces régions. À travers une série de vignettes, j’explore les camps miniers abandonnés d’Ollagüe, une communauté quechua située dans les hautes terres (puna) du nord du Chili. Les ruines de l’industrie du soufre permettent d’explorer l’histoire profonde de ces changements socioéconomiques. Je propose une exploration des vibrances volcaniques, les volcans étant compris ici comme des espaces culturels de production minière, comme des espaces naturels qui témoignent des changements et des impacts de l’industrie du soufre et comme des entités vivantes dont la rébellion contre la domestication humaine a façonné la sociabilité entre la communauté locale et eux.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"47054632","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
La Constitution de l’Inde promettait de transformer la société hiérarchique en instaurant une communauté civique d’égaux. Les études anthropologiques montrent cependant que le statut de la citoyenneté en Inde et le faisceau de droits qui lui sont associés constituent le terrain de formulation de revendications et de contestations quotidiennes. Sur ce terrain, l’intermédiation est très importante, en partie à cause du pouvoir infrastructurel relativement limité de l’État et de son échec à assurer l’alphabétisation et l’éducation minimale de la population. Le fait que les « citoyens » doivent négocier avec l’État et la façon dont pour cela ils ont fréquemment besoin d’intermédiaires ont pour conséquence la création d’une hiérarchie de citoyens (ou plus exactement de citoyens, de clients et de quémandeurs) au lieu de la citoyenneté égale pour tous que promettait la Constitution.
{"title":"Citoyens, clients ou quémandeurs ?","authors":"John Harriss, Anne-Hélène Kerbiriou","doi":"10.7202/1091316ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091316ar","url":null,"abstract":"La Constitution de l’Inde promettait de transformer la société hiérarchique en instaurant une communauté civique d’égaux. Les études anthropologiques montrent cependant que le statut de la citoyenneté en Inde et le faisceau de droits qui lui sont associés constituent le terrain de formulation de revendications et de contestations quotidiennes. Sur ce terrain, l’intermédiation est très importante, en partie à cause du pouvoir infrastructurel relativement limité de l’État et de son échec à assurer l’alphabétisation et l’éducation minimale de la population. Le fait que les « citoyens » doivent négocier avec l’État et la façon dont pour cela ils ont fréquemment besoin d’intermédiaires ont pour conséquence la création d’une hiérarchie de citoyens (ou plus exactement de citoyens, de clients et de quémandeurs) au lieu de la citoyenneté égale pour tous que promettait la Constitution.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"46207842","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Cet article s’intéresse aux pratiques syndicales et aux stratégies de lutte pour l’obtention de droits dans le secteur du travail informel en Uttar Pradesh à travers l’exemple des travailleurs et travailleuses du verre de Firozabad. L’article considère la lutte pour les droits de ces travailleurs du secteur informel comme une forme de lutte pour une citoyenneté tangible, qui implique des droits sociaux et économiques et non simplement un statut légal sans aucun bénéfice. L’article analyse l’histoire récente des mouvements syndicaux de Firozabad ainsi que les ressorts du dernier mouvement en date, une grève des finisseurs et finisseuses de bracelets. Contrairement à ce qui est le cas chez les travailleurs migrants ruraux, dans un contexte de travail informel manufacturier de grande échelle comme celui de Firozabad, les logiques des luttes pour l’obtention de droits ne sont pas si différentes de celles dans le secteur formel. Mais, les travailleurs y sont dans une position de négociation spécifiquement faible. L’ethnographie confirme également que la revendication de droits et de meilleures conditions de travail et de vie passe presque inévitablement en Uttar Pradesh par l’usage de la force et de la violence. Ceci implique que les composantes d’une citoyenneté sociale et économique au-delà du seul statut légal de citoyen sont inévitablement liées à cette propension à peser dans un rapport de force marqué par les liens entre monde industriel, politique et criminel, ce qui contribue à brouiller les frontières entre légal et illégal.
{"title":"Les verriers et leurs « netas »","authors":"Arnaud Kaba, Shankare Gowda","doi":"10.7202/1091313ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091313ar","url":null,"abstract":"Cet article s’intéresse aux pratiques syndicales et aux stratégies de lutte pour l’obtention de droits dans le secteur du travail informel en Uttar Pradesh à travers l’exemple des travailleurs et travailleuses du verre de Firozabad. L’article considère la lutte pour les droits de ces travailleurs du secteur informel comme une forme de lutte pour une citoyenneté tangible, qui implique des droits sociaux et économiques et non simplement un statut légal sans aucun bénéfice. L’article analyse l’histoire récente des mouvements syndicaux de Firozabad ainsi que les ressorts du dernier mouvement en date, une grève des finisseurs et finisseuses de bracelets. Contrairement à ce qui est le cas chez les travailleurs migrants ruraux, dans un contexte de travail informel manufacturier de grande échelle comme celui de Firozabad, les logiques des luttes pour l’obtention de droits ne sont pas si différentes de celles dans le secteur formel. Mais, les travailleurs y sont dans une position de négociation spécifiquement faible. L’ethnographie confirme également que la revendication de droits et de meilleures conditions de travail et de vie passe presque inévitablement en Uttar Pradesh par l’usage de la force et de la violence. Ceci implique que les composantes d’une citoyenneté sociale et économique au-delà du seul statut légal de citoyen sont inévitablement liées à cette propension à peser dans un rapport de force marqué par les liens entre monde industriel, politique et criminel, ce qui contribue à brouiller les frontières entre légal et illégal.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"47726921","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Depuis son indépendance, la production de l’État indien à sa frontière himalayenne a été largement motivée par des préoccupations géopolitiques. L’affirmation de la souveraineté indienne dans les hautes montagnes de la région historiquement isolée du Ladakh s’effectue par la militarisation et le développement d’une infrastructure routière. Quelles sont les conséquences de la production militaire de l’infrastructure routière pour les populations qui vivent en région frontalière ? L’historique de la construction de routes au nord-ouest de l’Inde témoigne d’un développement inégal qui marginalise les parties de la zone frontalière qui ont peu d’intérêts stratégiques. À partir du cas du Zanskar, cet article se penche sur une dimension matérielle de la citoyenneté en Inde, alors que la construction des routes constitue un terrain technopolitique sur lequel une communauté engage l’État. Notamment, afin de s’attaquer au problème d’isolement créé par un réseau routier peu développé, les Zanskarpas utilisent différentes tactiques, depuis la prise en charge de cette construction grâce à des initiatives locales à la mise en avant de l’argument militaire afin d’appeler l’État à investir dans l’achèvement de routes.
{"title":"« Si seulement la guerre avait été un peu plus longue »","authors":"Karine Gagné","doi":"10.7202/1091314ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091314ar","url":null,"abstract":"Depuis son indépendance, la production de l’État indien à sa frontière himalayenne a été largement motivée par des préoccupations géopolitiques. L’affirmation de la souveraineté indienne dans les hautes montagnes de la région historiquement isolée du Ladakh s’effectue par la militarisation et le développement d’une infrastructure routière. Quelles sont les conséquences de la production militaire de l’infrastructure routière pour les populations qui vivent en région frontalière ? L’historique de la construction de routes au nord-ouest de l’Inde témoigne d’un développement inégal qui marginalise les parties de la zone frontalière qui ont peu d’intérêts stratégiques. À partir du cas du Zanskar, cet article se penche sur une dimension matérielle de la citoyenneté en Inde, alors que la construction des routes constitue un terrain technopolitique sur lequel une communauté engage l’État. Notamment, afin de s’attaquer au problème d’isolement créé par un réseau routier peu développé, les Zanskarpas utilisent différentes tactiques, depuis la prise en charge de cette construction grâce à des initiatives locales à la mise en avant de l’argument militaire afin d’appeler l’État à investir dans l’achèvement de routes.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"45536908","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
L’étude anthropologique des conceptions locales des phénomènes météorologiques est un point de vue privilégié pour s’interroger sur les définitions du climat fréquemment utilisées quand on fait référence aux communautés dites non occidentales. Dans ce texte, nous proposons de comprendre la relation entre les communautés rurales paysannes et autochtones de la région sud des Andes et le tourbillon de vent dans leur vie quotidienne. En nous basant sur notre propre expérience ethnographique et sur la littérature existante et locale, nous cherchons comment appréhender ce lien diffus mais constant entre le tourbillon et certaines entités malfaisantes, comme le diablo (diable).
{"title":"Le diable qui harcèle","authors":"M. Bussi, María Bernarda Bernarda","doi":"10.7202/1091318ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091318ar","url":null,"abstract":"L’étude anthropologique des conceptions locales des phénomènes météorologiques est un point de vue privilégié pour s’interroger sur les définitions du climat fréquemment utilisées quand on fait référence aux communautés dites non occidentales. Dans ce texte, nous proposons de comprendre la relation entre les communautés rurales paysannes et autochtones de la région sud des Andes et le tourbillon de vent dans leur vie quotidienne. En nous basant sur notre propre expérience ethnographique et sur la littérature existante et locale, nous cherchons comment appréhender ce lien diffus mais constant entre le tourbillon et certaines entités malfaisantes, comme le diablo (diable).","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"43967886","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Le 2 juin 2014, les travailleurs de Hyderabad célébraient la création du 29e État indien. Scandant « Victoire pour le Télangana » à « HITEC City », un quartier bâti au travers des « zones économiques spéciales » (ZES) et des parcs des TIC (technologies de l’information et des communications), les ingénieurs en informatique de l’association Ingénieurs pour un Nouvel État (INE) brandissaient les couleurs du « Parti pour le Télangana ». Suivant grèves et manifestations agitées, les membres de INE savouraient la reconnaissance officielle du nouvel État. Natifs du Télangana, et anticipant les avantages économiques promis par une nouvelle entité politique, ces ingénieurs projetaient aussi de bénéficier d’une revitalisation culturelle télanganaise promise par les politiciens locaux. Échelonnée sur 19 mois de terrain de recherche entre 2012 et 2019, l’ethnographie se penche sur l’observation de rituels hindous nommés « festivals d’État » — le Bonalu et le Bathukamma — alors qu’ils se lient à d’autres activités médiatisées appuyant les technologies de pointe (conférences et « marathons de programmation ») à Hyderabad. Ces rituels proposent une cohésion culturelle mise en forme et légitimée par le nouvel État pour soutenir l’émergence d’une identité régionale télanganaise, un processus consolidant aussi la position privilégiée des TIC et des compétences techniques qu’elles favorisent. L’article suggère que la réactualisation de ces rituels d’État par ces ingénieurs s’intègre à un ensemble de stratégies sociotechniques d’engagement citoyen qui émergent de la construction des infrastructures des TIC du nouvel État du Télangana en même temps qu’elles la façonnent.
{"title":"Citoyenneté programmée au Télangana","authors":"Philippe Messier","doi":"10.7202/1091312ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091312ar","url":null,"abstract":"Le 2 juin 2014, les travailleurs de Hyderabad célébraient la création du 29e État indien. Scandant « Victoire pour le Télangana » à « HITEC City », un quartier bâti au travers des « zones économiques spéciales » (ZES) et des parcs des TIC (technologies de l’information et des communications), les ingénieurs en informatique de l’association Ingénieurs pour un Nouvel État (INE) brandissaient les couleurs du « Parti pour le Télangana ». Suivant grèves et manifestations agitées, les membres de INE savouraient la reconnaissance officielle du nouvel État. Natifs du Télangana, et anticipant les avantages économiques promis par une nouvelle entité politique, ces ingénieurs projetaient aussi de bénéficier d’une revitalisation culturelle télanganaise promise par les politiciens locaux. Échelonnée sur 19 mois de terrain de recherche entre 2012 et 2019, l’ethnographie se penche sur l’observation de rituels hindous nommés « festivals d’État » — le Bonalu et le Bathukamma — alors qu’ils se lient à d’autres activités médiatisées appuyant les technologies de pointe (conférences et « marathons de programmation ») à Hyderabad. Ces rituels proposent une cohésion culturelle mise en forme et légitimée par le nouvel État pour soutenir l’émergence d’une identité régionale télanganaise, un processus consolidant aussi la position privilégiée des TIC et des compétences techniques qu’elles favorisent. L’article suggère que la réactualisation de ces rituels d’État par ces ingénieurs s’intègre à un ensemble de stratégies sociotechniques d’engagement citoyen qui émergent de la construction des infrastructures des TIC du nouvel État du Télangana en même temps qu’elles la façonnent.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":" ","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"45744181","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
De décembre 2019 à mars 2020, l’Inde a été agitée par des manifestations contre deux mesures législatives, soit l’Amendement à la Loi sur la citoyenneté (MLC) et le Registre national des citoyens (RNC), qui discriminaient les musulmans. Les manifestations ont été historiques, même dans un pays de forte culture protestataire. Elles ont été marquées par une solidarité interreligieuse, intergénérationnelle et intercommunautaire et ont été largement menées par des femmes musulmanes. Les manifestations ont provoqué des débats au sujet de la religion et de la citoyenneté dans un état laïc, des débats autant entre manifestants qu’entre les contestataires et les partisans des lois de l’État. Cet article examine les deux slogans contestataires qui ont suscité le débat : un poème ourdou, et la proclamation de foi religieuse des musulmans, la chahada. Il soutient que les débats éclairent quelques-uns des paradoxes de la citoyenneté laïque et posent à nouveau les questions qui ont préoccupé les nationalistes anticolonialistes du 20e siècle. Enfin, l’article suggère que ces controverses sont nécessaires et constitutives des politiques des états ayant une importante pluralité religieuse.
{"title":"« Nous verrons »","authors":"Katherine Lemons, Anne-Hélène Kerbiriou","doi":"10.7202/1091310ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1091310ar","url":null,"abstract":"De décembre 2019 à mars 2020, l’Inde a été agitée par des manifestations contre deux mesures législatives, soit l’Amendement à la Loi sur la citoyenneté (MLC) et le Registre national des citoyens (RNC), qui discriminaient les musulmans. Les manifestations ont été historiques, même dans un pays de forte culture protestataire. Elles ont été marquées par une solidarité interreligieuse, intergénérationnelle et intercommunautaire et ont été largement menées par des femmes musulmanes. Les manifestations ont provoqué des débats au sujet de la religion et de la citoyenneté dans un état laïc, des débats autant entre manifestants qu’entre les contestataires et les partisans des lois de l’État. Cet article examine les deux slogans contestataires qui ont suscité le débat : un poème ourdou, et la proclamation de foi religieuse des musulmans, la chahada. Il soutient que les débats éclairent quelques-uns des paradoxes de la citoyenneté laïque et posent à nouveau les questions qui ont préoccupé les nationalistes anticolonialistes du 20e siècle. Enfin, l’article suggère que ces controverses sont nécessaires et constitutives des politiques des états ayant une importante pluralité religieuse.","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":"1 1","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-08-15","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"41658853","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
{"title":"« Nous ne sommes pas des charges ! »","authors":"Kelly Poulet","doi":"10.7202/1093993ar","DOIUrl":"https://doi.org/10.7202/1093993ar","url":null,"abstract":"","PeriodicalId":84171,"journal":{"name":"Anthropologie et societes","volume":"1 1","pages":""},"PeriodicalIF":0.0,"publicationDate":"2022-01-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"71254949","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}