Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.084
O. Joannes-Boyau
<div><h3>Objectif</h3><div>L’intoxication au paracétamol reste la première cause d’hépatite aiguë fulminante dans les pays industrialisés. Si l’acétylcystéine a transformé le pronostic, certaines formes évoluent malgré tout vers une défaillance hépatique terminale. La question cruciale devient alors: quand faut-il déclencher le transfert vers un centre de transplantation hépatique ?</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>Le paracétamol est métabolisé au niveau hépatique, essentiellement par conjugaison glucuronique et sulfoconjugaison grâce au gluthation. Une faible fraction (environ 5 à 10 %) est transformée par le cytochrome P450 2E1 en un métabolite hautement réactif: le NAPQI (N-acétyl-p-benzoquinone-imine). En cas de surdosage, les réserves de glutathion s’épuisent, laissant le NAPQI libre de se lier aux protéines hépatiques, entraînant une nécrose hépatocellulaire centrolobulaire. L’évolution peut être trompeusement calme les 24 premières heures, avant une détérioration brutale entre J2 et J4. D’où la nécessité d’une évaluation continue et d’une surveillance rapprochée. Avant d’initier un transfert, il faut surtout prendre contact rapidement avec le centre de transplantation hépatique de référence afin d’élaborer une stratégie et de cibler la surveillance. La dose de paracétamol ingérée, la paracétamolémie ou la cytolyse ne sont pas des facteurs pronostiques discriminants. Les paramètres qui doivent être surveillés sont principalement ceux du King's College afin de prédire une probable évolution défavorable. Les 3 critères les plus importants sont : l’encéphalopathie hépatique, l’INR ><!--> <!-->6,5 ou TP <<!--> <!-->10 % et l’insuffisance rénale avec une créatinine ><!--> <!-->33μmol/l. Si ces 3 critères sont présents, il faut transférer sans délai. Il faut aussi y ajouter l’acidose métabolique avec un pH <<!--> <!-->7,3 avec cependant une difficulté à attribuer l’acidose à l’intoxication au paracétamol, l’acidose étant souvent multi-étiologique ainsi que la lactatémie qui est également un bon critère de surveillance, surtout si elle monte au-dessus de 3<!--> <!-->mmol/l. La stratégie de transfert va donc dépendre de l’apparition ou non de ces critères pronostiques mais également de la taille de l’établissement où se trouve le patient intoxiqué (existence ou non de soins critiques pour la surveillance) et la distance avec le centre de transplantation. Si la structure est petite, sans soins critiques, on rapprochera le patient du centre de transplantation si l’un des critères est présent. Pour une structure plus importante, on peut surveiller le patient en soins critiques et, selon la distance avec le centre de transplantation, définir une stratégie de surveillance avec transfert si certains des critères apparaissent. Dans tous les cas le plus important, c’est de prendre contact avec le centre de transplantation dès le diagnostic d’hépatite au paracétamol et d’établir avec lui un plan de match qui dépendra de tous les paramètre
{"title":"Paracétamol : quand transférer dans un service de greffe ?","authors":"O. Joannes-Boyau","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.084","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.084","url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>L’intoxication au paracétamol reste la première cause d’hépatite aiguë fulminante dans les pays industrialisés. Si l’acétylcystéine a transformé le pronostic, certaines formes évoluent malgré tout vers une défaillance hépatique terminale. La question cruciale devient alors: quand faut-il déclencher le transfert vers un centre de transplantation hépatique ?</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>Le paracétamol est métabolisé au niveau hépatique, essentiellement par conjugaison glucuronique et sulfoconjugaison grâce au gluthation. Une faible fraction (environ 5 à 10 %) est transformée par le cytochrome P450 2E1 en un métabolite hautement réactif: le NAPQI (N-acétyl-p-benzoquinone-imine). En cas de surdosage, les réserves de glutathion s’épuisent, laissant le NAPQI libre de se lier aux protéines hépatiques, entraînant une nécrose hépatocellulaire centrolobulaire. L’évolution peut être trompeusement calme les 24 premières heures, avant une détérioration brutale entre J2 et J4. D’où la nécessité d’une évaluation continue et d’une surveillance rapprochée. Avant d’initier un transfert, il faut surtout prendre contact rapidement avec le centre de transplantation hépatique de référence afin d’élaborer une stratégie et de cibler la surveillance. La dose de paracétamol ingérée, la paracétamolémie ou la cytolyse ne sont pas des facteurs pronostiques discriminants. Les paramètres qui doivent être surveillés sont principalement ceux du King's College afin de prédire une probable évolution défavorable. Les 3 critères les plus importants sont : l’encéphalopathie hépatique, l’INR ><!--> <!-->6,5 ou TP <<!--> <!-->10 % et l’insuffisance rénale avec une créatinine ><!--> <!-->33μmol/l. Si ces 3 critères sont présents, il faut transférer sans délai. Il faut aussi y ajouter l’acidose métabolique avec un pH <<!--> <!-->7,3 avec cependant une difficulté à attribuer l’acidose à l’intoxication au paracétamol, l’acidose étant souvent multi-étiologique ainsi que la lactatémie qui est également un bon critère de surveillance, surtout si elle monte au-dessus de 3<!--> <!-->mmol/l. La stratégie de transfert va donc dépendre de l’apparition ou non de ces critères pronostiques mais également de la taille de l’établissement où se trouve le patient intoxiqué (existence ou non de soins critiques pour la surveillance) et la distance avec le centre de transplantation. Si la structure est petite, sans soins critiques, on rapprochera le patient du centre de transplantation si l’un des critères est présent. Pour une structure plus importante, on peut surveiller le patient en soins critiques et, selon la distance avec le centre de transplantation, définir une stratégie de surveillance avec transfert si certains des critères apparaissent. Dans tous les cas le plus important, c’est de prendre contact avec le centre de transplantation dès le diagnostic d’hépatite au paracétamol et d’établir avec lui un plan de match qui dépendra de tous les paramètre","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S94"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145365703","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.023
B. Mégarbane
<div><h3>Objectif</h3><div>L’intoxication par le paracétamol est l’une des intoxications les plus fréquentes en France en 2025, à l’origine essentiellement d’un risque d’hépatite cytolytique dose-dépendante pouvant aboutir à une insuffisance hépatocellulaire mortelle par nécrose centro-lobulaire. Des recommandations nationales de prise en charge ont été publiées en 2020 et des préconisations internationales sont en préparation. Notre objectif est de faire un point actualisé sur la prise en charge de cette intoxication.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Revue narrative de la littérature publiée.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Bien que de nouveaux biomarqueurs ont été proposés et validés (RNA inhibiteur-122, fragments de kératine-18, HMGB1, métabolites et adduits protéïques), la paracétamolémie interprétée selon le nomogramme de Rumack & Matthew reste à ce jour le paramètre disponible le plus solide pour évaluer le risque d’hépatotoxicité. Le dosage sanguin du paracétamol doit donc être systématiquement effectué dès la suspicion d’intoxication, avec mesure des transaminases (ASAT et ALAT) et du taux de prothrombine (ou INR). La N-acétylcystéine (NAC) est l’antidote de choix devant être administré en cas d’ingestion unique, avec un horaire connu et une admission entre la 4<sup>e</sup> et 24<sup>e</sup> <!-->h post-ingestion, lorsque la paracétamolémie est au-delà de la ligne située à 150<!--> <!-->mg/L à la 4<sup>e</sup> heure. Il est suggéré d’administrer la NAC en présence d’une paracétamolémie non nulle ou d’ALAT élevées si (i) l’horaire d’ingestion est inconnu ou existe un trouble de conscience ; (ii) présence d’une vulnérabilité (hépatopathie sévère sous-jacente, carence nutritionnelle, inducteurs enzymatiques du cytochrome P450) ; (iii) admission au-delà de 24<!--> <!-->h post-ingestion ; (iiii) ingestion répétée de paracétamol à dose supra-thérapeutique. À noter que la ligne à H4 du nomogramme est située à 100<!--> <!-->mg/L en Grande Bretagne et que le nomogramme n’est plus utilisé au Danemark où tous les patients exposés sont traités. Trois protocoles d’administration de la NAC en intraveineux ont été validés. Le protocole conventionnel en « 3 bags » combine 150<!--> <!-->mg/kg en 1<!--> <!-->h (dose de charge) suivi de 50<!--> <!-->mg/kg en 4<!--> <!-->h puis de 100<!--> <!-->mg/kg sur 16<!--> <!-->h par. Deux protocoles dits en « 2 bags », d’efficacité non-inférieure, ont été proposés pour réduire les erreurs de prescription et d’administration (rapportées jusqu’à 30 % des cas) et les effets adverses (troubles digestifs et réactions anaphylactoïdes), en ralentissant la dose initiale (schéma australien : 200<!--> <!-->mg/kg en 4<!--> <!-->h suivi de 100<!--> <!-->mg/kg en 16<!--> <!-->h, soit 20<!--> <!-->h de perfusion) et aussi en raccourcissant la durée totale de perfusion (schéma britannique SNAP : 100<!--> <!-->mg/kg en 2<!--> <!-->h suivi de 200<!--> <!-->mg/kg en 10<!--> <!-->h, soit 12<!--> <!-->h de perfusion). Il e
{"title":"Intoxication par le paracétamol : quoi de neuf en 2025 ?","authors":"B. Mégarbane","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.023","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.023","url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>L’intoxication par le paracétamol est l’une des intoxications les plus fréquentes en France en 2025, à l’origine essentiellement d’un risque d’hépatite cytolytique dose-dépendante pouvant aboutir à une insuffisance hépatocellulaire mortelle par nécrose centro-lobulaire. Des recommandations nationales de prise en charge ont été publiées en 2020 et des préconisations internationales sont en préparation. Notre objectif est de faire un point actualisé sur la prise en charge de cette intoxication.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Revue narrative de la littérature publiée.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Bien que de nouveaux biomarqueurs ont été proposés et validés (RNA inhibiteur-122, fragments de kératine-18, HMGB1, métabolites et adduits protéïques), la paracétamolémie interprétée selon le nomogramme de Rumack & Matthew reste à ce jour le paramètre disponible le plus solide pour évaluer le risque d’hépatotoxicité. Le dosage sanguin du paracétamol doit donc être systématiquement effectué dès la suspicion d’intoxication, avec mesure des transaminases (ASAT et ALAT) et du taux de prothrombine (ou INR). La N-acétylcystéine (NAC) est l’antidote de choix devant être administré en cas d’ingestion unique, avec un horaire connu et une admission entre la 4<sup>e</sup> et 24<sup>e</sup> <!-->h post-ingestion, lorsque la paracétamolémie est au-delà de la ligne située à 150<!--> <!-->mg/L à la 4<sup>e</sup> heure. Il est suggéré d’administrer la NAC en présence d’une paracétamolémie non nulle ou d’ALAT élevées si (i) l’horaire d’ingestion est inconnu ou existe un trouble de conscience ; (ii) présence d’une vulnérabilité (hépatopathie sévère sous-jacente, carence nutritionnelle, inducteurs enzymatiques du cytochrome P450) ; (iii) admission au-delà de 24<!--> <!-->h post-ingestion ; (iiii) ingestion répétée de paracétamol à dose supra-thérapeutique. À noter que la ligne à H4 du nomogramme est située à 100<!--> <!-->mg/L en Grande Bretagne et que le nomogramme n’est plus utilisé au Danemark où tous les patients exposés sont traités. Trois protocoles d’administration de la NAC en intraveineux ont été validés. Le protocole conventionnel en « 3 bags » combine 150<!--> <!-->mg/kg en 1<!--> <!-->h (dose de charge) suivi de 50<!--> <!-->mg/kg en 4<!--> <!-->h puis de 100<!--> <!-->mg/kg sur 16<!--> <!-->h par. Deux protocoles dits en « 2 bags », d’efficacité non-inférieure, ont été proposés pour réduire les erreurs de prescription et d’administration (rapportées jusqu’à 30 % des cas) et les effets adverses (troubles digestifs et réactions anaphylactoïdes), en ralentissant la dose initiale (schéma australien : 200<!--> <!-->mg/kg en 4<!--> <!-->h suivi de 100<!--> <!-->mg/kg en 16<!--> <!-->h, soit 20<!--> <!-->h de perfusion) et aussi en raccourcissant la durée totale de perfusion (schéma britannique SNAP : 100<!--> <!-->mg/kg en 2<!--> <!-->h suivi de 200<!--> <!-->mg/kg en 10<!--> <!-->h, soit 12<!--> <!-->h de perfusion). Il e","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S93-S94"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145365797","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.080
V. Dumestre-Toulet , A. Daveluy
<div><h3>Contexte</h3><div>Au cours des vingt dernières années, le panorama des substances psychoactives consommées en France et en Europe s’est considérablement modifié avec l’apparition des nouveaux produits de synthèse (NPS).</div><div>Ces dernières années ont particulièrement été marquées par (i) l’apparition des cannabinoïdes de synthèse, dans différentes populations, selon différentes modalités (chimique à La Réunion ; PTC en Normandie/Grand Est ; adultération de cannabis), (ii) l’émergence de nouveaux agonistes des récepteurs opioïdes ayant entraîné des décès (Océan Indien et Occitanie), (iii) la répercussion des modifications de la législation internationale sur le marché des cathinones avec l’apparition notamment des 3-CMC et 2-MMC et (iv) la circulation des « designer benzodiazépines », situations préoccupantes qui ont donné lieu à des alertes sanitaires de la part des CEIP-addictovigilance auprès des autorités sanitaires, des professionnels de santé et des consommateurs, nécessitant une communication adaptée à chaque situation, afin d’aider à une meilleure identification des populations à risque, une adaptation des outils de réduction des risques et de prévention et une meilleure prise en charge médicale du patient <span><span>[1]</span></span>. Leur implication dans les cas de décès (enquête DRAMES) est régulièrement signalée par les toxicologues analystes (50 décès dans l’étude 2023) <span><span>[2]</span></span>, <span><span>[3]</span></span>.</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>L’identification des NPS dans les matrices biologiques (sang, urine) est essentielle pour documenter la consommation réelle et la responsabilité des substances dans des contextes hospitaliers et médico-judiciaires. L’analyse des cheveux apporte également des éléments sur une exposition en cas de prélèvements tardifs des fluides biologiques ou sur la consommation chronique d’un NPS. Si cette identification est le seul moyen fiable permettant d’associer un usage à une toxicité (en particulier dans le cas où la substance consommée n’a pu être récupérée pour être analysée), elle reste complexe et difficile car ne peut être effectuée que dans des laboratoires spécialisés en toxicologie disposant de techniques spécifiques (chromatographie avec détection par spectrométrie de masse en tandem et/ou haute résolution). Plusieurs problèmes majeurs se posent comme : (i) la nécessité de techniques très sensibles (quantités consommées souvent faibles en raison de la puissance des produits) ; (ii) la courte fenêtre de détection dans le sang nécessitant parfois la recherche des métabolites ; (iii) la nécessité de disposer d’étalons pour effectuer une quantification et permettre une interprétation des concentrations au regard des données de la littérature <span><span>[4]</span></span>.</div><div>Un suivi rigoureux des usages et de la législation de ces produits est donc essentiel pour informer et orienter les cliniciens dans la prise en charge de ces patients. Dans ce con
{"title":"Les nouveaux produits de synthèse : pourquoi et comment doser ?","authors":"V. Dumestre-Toulet , A. Daveluy","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.080","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.080","url":null,"abstract":"<div><h3>Contexte</h3><div>Au cours des vingt dernières années, le panorama des substances psychoactives consommées en France et en Europe s’est considérablement modifié avec l’apparition des nouveaux produits de synthèse (NPS).</div><div>Ces dernières années ont particulièrement été marquées par (i) l’apparition des cannabinoïdes de synthèse, dans différentes populations, selon différentes modalités (chimique à La Réunion ; PTC en Normandie/Grand Est ; adultération de cannabis), (ii) l’émergence de nouveaux agonistes des récepteurs opioïdes ayant entraîné des décès (Océan Indien et Occitanie), (iii) la répercussion des modifications de la législation internationale sur le marché des cathinones avec l’apparition notamment des 3-CMC et 2-MMC et (iv) la circulation des « designer benzodiazépines », situations préoccupantes qui ont donné lieu à des alertes sanitaires de la part des CEIP-addictovigilance auprès des autorités sanitaires, des professionnels de santé et des consommateurs, nécessitant une communication adaptée à chaque situation, afin d’aider à une meilleure identification des populations à risque, une adaptation des outils de réduction des risques et de prévention et une meilleure prise en charge médicale du patient <span><span>[1]</span></span>. Leur implication dans les cas de décès (enquête DRAMES) est régulièrement signalée par les toxicologues analystes (50 décès dans l’étude 2023) <span><span>[2]</span></span>, <span><span>[3]</span></span>.</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>L’identification des NPS dans les matrices biologiques (sang, urine) est essentielle pour documenter la consommation réelle et la responsabilité des substances dans des contextes hospitaliers et médico-judiciaires. L’analyse des cheveux apporte également des éléments sur une exposition en cas de prélèvements tardifs des fluides biologiques ou sur la consommation chronique d’un NPS. Si cette identification est le seul moyen fiable permettant d’associer un usage à une toxicité (en particulier dans le cas où la substance consommée n’a pu être récupérée pour être analysée), elle reste complexe et difficile car ne peut être effectuée que dans des laboratoires spécialisés en toxicologie disposant de techniques spécifiques (chromatographie avec détection par spectrométrie de masse en tandem et/ou haute résolution). Plusieurs problèmes majeurs se posent comme : (i) la nécessité de techniques très sensibles (quantités consommées souvent faibles en raison de la puissance des produits) ; (ii) la courte fenêtre de détection dans le sang nécessitant parfois la recherche des métabolites ; (iii) la nécessité de disposer d’étalons pour effectuer une quantification et permettre une interprétation des concentrations au regard des données de la littérature <span><span>[4]</span></span>.</div><div>Un suivi rigoureux des usages et de la législation de ces produits est donc essentiel pour informer et orienter les cliniciens dans la prise en charge de ces patients. Dans ce con","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S107-S108"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145365924","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.030
M. Labadie , J.C. Gallart
<div><h3>Objectif</h3><div>En 2022, la Haute Autorité de santé et la Société de toxicologie clinique publiaient des recommandations de diagnostic et de prise en charge des enfants ayant ingéré une pile bouton. Elles attiraient l’attention sur les accidents survenant chez les enfants de 5 ans et moins et pour des piles boutons (PB) de grand diamètre. Elles insistaient sur les risques d’enclavement œsophagien pouvant être à l’origine de décès. Pour les PB ayant passé le pylore, en dehors d’enfants avec des antécédents digestifs sténosants, les risques étaient peu importants. Nous présentons ici un cas grave et exceptionnel en rapport avec l’ingestion d’une PB ayant occasionné des lésions rectales et périnéales sévères.</div></div><div><h3>Observation</h3><div>Un enfant de 9 mois ingère une PB devant sa maman de diamètre supposé de 16<!--> <!-->mm. Celle-ci l’emmène immédiatement à l’hôpital de proximité ; la radiographie thoracique montre une image typique de PB intragastrique. Au vu du grand diamètre de la PB, l’enfant est transféré pour la réalisation d’une endoscopie digestive haute d’extraction. À l’arrivée, une seconde radiographie thoracique est réalisée montrant une PB post-pylorique. L’enfant est asymptomatique ; il rentre à domicile avec pour consigne de surveiller l’expulsion spontanée de la pile dans les selles ; cette dernière est expulsée à J3. À J5, l’enfant présente des diarrhées traitées par alimentation adaptée et solution de réhydratation orale ; quelques filets de sang apparaissent à J8 et J9 alors que les selles sont à nouveau de consistance normale, et interprétés comme en lien avec la diarrhée. À J10, en début d’après-midi, la maman constate un érythème fessier, elle change la couche de l’enfant vers 19<!--> <!-->h, et constate que l’érythème est plus intense ; une heure plus tard, elle change à nouveau l’enfant car il se tortille et semble douloureux : elle constate une rectorragie et des lésions étendues nécrotiques périnéales et des organes génitaux externes. L’enfant est alors hospitalisé pour prise en charge et détersion chirurgicale en urgence. Une colostomie est mise en place. Deux coloscopies sont réalisées à J25 et J44 qui retrouvent à 3<!--> <!-->cm de la marge anale, un anneau de fibrine circonférentiel et sub-occlusif et à 8<!--> <!-->cm de la marge anale une zone étendue de muqueuse œdématiée et cicatricielle correspondant à la localisation d’un ulcère ancien. L’évolution se complique de surinfections répétées, de syndromes occlusifs, nécessitant plusieurs chirurgies ; à ce jour, plus d’un an après, l’enfant est toujours colostomisé, avec d’importantes lésions cicatricielles du périnée et des organes génitaux externes.</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>Une PB, lorsqu’elle est en contact avec une muqueuse humide, conduit à une électrolyse de l’eau produisant des ions hydroxyde très alcalins, responsables de brûlures profondes. Ceci se produit lors des contacts étroits et prolongés avec la muqueuse lorsque la
{"title":"Une pile bouton qui a franchi le pylore : est-ce toujours sans danger ?","authors":"M. Labadie , J.C. Gallart","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.030","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.030","url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>En 2022, la Haute Autorité de santé et la Société de toxicologie clinique publiaient des recommandations de diagnostic et de prise en charge des enfants ayant ingéré une pile bouton. Elles attiraient l’attention sur les accidents survenant chez les enfants de 5 ans et moins et pour des piles boutons (PB) de grand diamètre. Elles insistaient sur les risques d’enclavement œsophagien pouvant être à l’origine de décès. Pour les PB ayant passé le pylore, en dehors d’enfants avec des antécédents digestifs sténosants, les risques étaient peu importants. Nous présentons ici un cas grave et exceptionnel en rapport avec l’ingestion d’une PB ayant occasionné des lésions rectales et périnéales sévères.</div></div><div><h3>Observation</h3><div>Un enfant de 9 mois ingère une PB devant sa maman de diamètre supposé de 16<!--> <!-->mm. Celle-ci l’emmène immédiatement à l’hôpital de proximité ; la radiographie thoracique montre une image typique de PB intragastrique. Au vu du grand diamètre de la PB, l’enfant est transféré pour la réalisation d’une endoscopie digestive haute d’extraction. À l’arrivée, une seconde radiographie thoracique est réalisée montrant une PB post-pylorique. L’enfant est asymptomatique ; il rentre à domicile avec pour consigne de surveiller l’expulsion spontanée de la pile dans les selles ; cette dernière est expulsée à J3. À J5, l’enfant présente des diarrhées traitées par alimentation adaptée et solution de réhydratation orale ; quelques filets de sang apparaissent à J8 et J9 alors que les selles sont à nouveau de consistance normale, et interprétés comme en lien avec la diarrhée. À J10, en début d’après-midi, la maman constate un érythème fessier, elle change la couche de l’enfant vers 19<!--> <!-->h, et constate que l’érythème est plus intense ; une heure plus tard, elle change à nouveau l’enfant car il se tortille et semble douloureux : elle constate une rectorragie et des lésions étendues nécrotiques périnéales et des organes génitaux externes. L’enfant est alors hospitalisé pour prise en charge et détersion chirurgicale en urgence. Une colostomie est mise en place. Deux coloscopies sont réalisées à J25 et J44 qui retrouvent à 3<!--> <!-->cm de la marge anale, un anneau de fibrine circonférentiel et sub-occlusif et à 8<!--> <!-->cm de la marge anale une zone étendue de muqueuse œdématiée et cicatricielle correspondant à la localisation d’un ulcère ancien. L’évolution se complique de surinfections répétées, de syndromes occlusifs, nécessitant plusieurs chirurgies ; à ce jour, plus d’un an après, l’enfant est toujours colostomisé, avec d’importantes lésions cicatricielles du périnée et des organes génitaux externes.</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>Une PB, lorsqu’elle est en contact avec une muqueuse humide, conduit à une électrolyse de l’eau produisant des ions hydroxyde très alcalins, responsables de brûlures profondes. Ceci se produit lors des contacts étroits et prolongés avec la muqueuse lorsque la ","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S97-S98"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145366013","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.010
T. Blaise , M. Douine , M.A. Tareau , J. Langrand , G. Odonne
<div><h3>Objectif</h3><div>Au regard du recours important à la phytothérapie locale <span><span>[1]</span></span> et à la proportion élevée de plantes toxiques présentes dans les jardins et les forêts, les intoxications par les plantes représentent un risque sanitaire majeur pour la population résidant en Guyane. L’absence de guidelines pour la prise en charge de ces patients nous a incités à réaliser une étude rétrospective afin d’améliorer notre compréhension des intoxications causées par des plantes en Guyane et d’identifier les espèces impliquées dans les cas les plus graves et/ou les plus fréquents. Ce travail a également abouti à la création d’un outil destiné aux cliniciens, visant à faciliter la prise en charge des patients intoxiqués.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Extraction des dossiers du système d’information des CAP entre le 1<sup>er</sup> janvier 2003 et le 31 mai 2020, extraction des dossiers médicaux entre le 1<sup>er</sup> janvier 2010 et le 31 mai 2020 pour l’hôpital de Cayenne et les centres de santé de 17 communes. La gravité des cas a été évaluée en utilisant le <em>Poisoning severity score</em> (PSS).</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Cent-soixante-huit (168) cas d’intoxication ont été retenus sur la période, dont 98 pour lesquels l’identification de l’espèce avait été réalisée. Les enfants représentaient 60 % des cas, les circonstances d’intoxication étaient majoritairement accidentelles : par méconnaissance du danger ou par mésusage dans le cadre de l’utilisation de la phytothérapie locale. Lorsque des préparations à base de plantes étaient utilisées, on retrouvait principalement des macérations alcooliques, des décoctions et des infusions. Trois décès ont été constatés sur la période, ainsi que 9 % de PSS<!--> <!-->=<!--> <!-->3 et 22 % de PSS<!--> <!-->=<!--> <!-->2. Une liste de 12 plantes incriminées dans les cas les plus graves et/ou les plus fréquents a été constituée ; on y retrouve : <em>Manihot esculenta, Jatropha gossypifolia, Ricinus communis</em> ou encore la nivrée (<em>Lonchocarpus spp.</em> : plante ichtyotoxique utilisée dans la pêche traditionnelle). Près de 40 % des cas relevaient de l’utilisation de la phytothérapie locale, souvent à visée purgative ou fébrifuge.</div></div><div><h3>Discussions</h3><div>Les intoxications apparaissent relativement fréquentes et potentiellement graves, avec très probablement une sous-notification importante. Certaines particularités guyanaises ont pu être décrites, telles que les intoxications à la nivrée lors de tentatives de suicide, les intoxications pédiatriques au <em>tabak</em> (décoction de tabac) ou les intoxications à la <em>bita</em> : macération alcoolique amère à l’origine de troubles neurologiques sévères à type de paresthésies. Des cas graves sont également survenus après consommation de manioc, souvent lorsque le manioc amer était confondu avec du manioc doux et insuffisamment cuit. À partir des plantes décrites dans l’étude, une liste de 12 plan
{"title":"Cas d’intoxications par les plantes en Guyane française : synthèse des cas et création d’un outil pratique d’aide à la prise en charge","authors":"T. Blaise , M. Douine , M.A. Tareau , J. Langrand , G. Odonne","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.010","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.010","url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Au regard du recours important à la phytothérapie locale <span><span>[1]</span></span> et à la proportion élevée de plantes toxiques présentes dans les jardins et les forêts, les intoxications par les plantes représentent un risque sanitaire majeur pour la population résidant en Guyane. L’absence de guidelines pour la prise en charge de ces patients nous a incités à réaliser une étude rétrospective afin d’améliorer notre compréhension des intoxications causées par des plantes en Guyane et d’identifier les espèces impliquées dans les cas les plus graves et/ou les plus fréquents. Ce travail a également abouti à la création d’un outil destiné aux cliniciens, visant à faciliter la prise en charge des patients intoxiqués.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Extraction des dossiers du système d’information des CAP entre le 1<sup>er</sup> janvier 2003 et le 31 mai 2020, extraction des dossiers médicaux entre le 1<sup>er</sup> janvier 2010 et le 31 mai 2020 pour l’hôpital de Cayenne et les centres de santé de 17 communes. La gravité des cas a été évaluée en utilisant le <em>Poisoning severity score</em> (PSS).</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Cent-soixante-huit (168) cas d’intoxication ont été retenus sur la période, dont 98 pour lesquels l’identification de l’espèce avait été réalisée. Les enfants représentaient 60 % des cas, les circonstances d’intoxication étaient majoritairement accidentelles : par méconnaissance du danger ou par mésusage dans le cadre de l’utilisation de la phytothérapie locale. Lorsque des préparations à base de plantes étaient utilisées, on retrouvait principalement des macérations alcooliques, des décoctions et des infusions. Trois décès ont été constatés sur la période, ainsi que 9 % de PSS<!--> <!-->=<!--> <!-->3 et 22 % de PSS<!--> <!-->=<!--> <!-->2. Une liste de 12 plantes incriminées dans les cas les plus graves et/ou les plus fréquents a été constituée ; on y retrouve : <em>Manihot esculenta, Jatropha gossypifolia, Ricinus communis</em> ou encore la nivrée (<em>Lonchocarpus spp.</em> : plante ichtyotoxique utilisée dans la pêche traditionnelle). Près de 40 % des cas relevaient de l’utilisation de la phytothérapie locale, souvent à visée purgative ou fébrifuge.</div></div><div><h3>Discussions</h3><div>Les intoxications apparaissent relativement fréquentes et potentiellement graves, avec très probablement une sous-notification importante. Certaines particularités guyanaises ont pu être décrites, telles que les intoxications à la nivrée lors de tentatives de suicide, les intoxications pédiatriques au <em>tabak</em> (décoction de tabac) ou les intoxications à la <em>bita</em> : macération alcoolique amère à l’origine de troubles neurologiques sévères à type de paresthésies. Des cas graves sont également survenus après consommation de manioc, souvent lorsque le manioc amer était confondu avec du manioc doux et insuffisamment cuit. À partir des plantes décrites dans l’étude, une liste de 12 plan","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S86-S87"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145366046","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.021
C. Castor
Santé publique France est l’agence nationale de santé publique en France, établissement public administratif sous tutelle du Ministère chargé de la Santé. En cas de signalement d’une pollution environnementale, son rôle peut inclure plusieurs aspects :
–La surveillance et l’évaluation des impacts sanitaires potentiels (collecte de données sur les expositions, les niveaux d’imprégnations à partir d’études de biosurveillance…). Ainsi, Santé publique France pilote et anime le programme français de biosurveillance humaine, décliné en population générale et professionnelle ;
–L’alerte et la communication, en émettant si cela est nécessaire des recommandations de protection ou de limitation des expositions pour le public et les autorités locales (investigations de signaux environnementaux tels que les clusters de maladies chroniques avec un lien potentiel avec une source environnementale ou la survenue de syndrome collectifs inexpliqués ou d’autres signaux en lien avec une pollution environnementale) ;
La mise en place d’études pour mieux comprendre les effets des pollutions environnementales (études épidémiologiques locales ou nationales autour de bassins industriels ou de sites et sols pollués…) et développer des stratégies de prévention le cas échéant (aide à l’élaboration de recommandations) ;
–La coordination avec d’autres structures compétentes (Anses, ARS…) dans la réponse à une pollution et pour un appui à la gestion ou dans la mise en place d’études spécifiques.
{"title":"Pollution environnementale : rôle de Santé publique France ?","authors":"C. Castor","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.021","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.021","url":null,"abstract":"<div><div>Santé publique France est l’agence nationale de santé publique en France, établissement public administratif sous tutelle du Ministère chargé de la Santé. En cas de signalement d’une pollution environnementale, son rôle peut inclure plusieurs aspects :</div><div>–La surveillance et l’évaluation des impacts sanitaires potentiels (collecte de données sur les expositions, les niveaux d’imprégnations à partir d’études de biosurveillance…). Ainsi, Santé publique France pilote et anime le programme français de biosurveillance humaine, décliné en population générale et professionnelle ;</div><div>–L’alerte et la communication, en émettant si cela est nécessaire des recommandations de protection ou de limitation des expositions pour le public et les autorités locales (investigations de signaux environnementaux tels que les clusters de maladies chroniques avec un lien potentiel avec une source environnementale ou la survenue de syndrome collectifs inexpliqués ou d’autres signaux en lien avec une pollution environnementale) ;</div><div>La mise en place d’études pour mieux comprendre les effets des pollutions environnementales (études épidémiologiques locales ou nationales autour de bassins industriels ou de sites et sols pollués…) et développer des stratégies de prévention le cas échéant (aide à l’élaboration de recommandations) ;</div><div>–La coordination avec d’autres structures compétentes (Anses, ARS…) dans la réponse à une pollution et pour un appui à la gestion ou dans la mise en place d’études spécifiques.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S93"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145366144","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.069
O. Roussel, E. Eliot, S. Reiss, V. Cirimele, M. Chèze, R. Goncalves
Objectif
Voici plus de 15 ans que les cannabinoïdes de synthèse (CS) sont sortis des laboratoires de recherche pour envahir très progressivement l’espace public. Leurs usages ne sont pas homogènes et ils rassemblent des pratiques différentes selon la pharmacologie et la disponibilité des substances et/ou selon les territoires et les populations. L’appellation pète ton crâne ou PTC est apparue au cours de l’année 2015. De nos jours, la pratique du PTC est associée aux e-liquides contenant des CS et à leur consommation par e-cigarette. Le « Spice » ou « la Chimique », qui consistent en des mélanges de cannabinoïdes de synthèse respectivement avec des fragments végétaux ou avec du tabac, sont consommés par l’intermédiaire d’une cigarette classique en papier. Ces derniers mois, les sollicitations pour l’analyse de e-liquides ont augmenté au laboratoire et l’ampleur du marché se dévoile progressivement. Nous proposons ainsi une première étude rétrospective de nos données.
Méthode
Synthèse rétrospective de nos 50 échantillons de PTC du 1er novembre 2024 au 1er juillet 2025.
Résultats
Toutes les saisies se composaient d’au moins un cannabinoïde de synthèse mais des combinaisons de 2 ou 3 cannabinoïdes ont été observées. Cinq substances ou familles se distinguaient par leur fréquence : le MDMB-4en-PINACA (23 %), l’ADB-BUTINACA (20 %), le MDMB-BUTINACA (19 %), le MDMB-INACA (19 %) et les fluoro-ADB (12 %). Les concentrations de chacun des CS variaient entre les saisies, les concentrations maximales observées étaient de près de 5 g/L pour le MDMB-4en-PINACA, 1,5 g/L pour l’ADB-BUTINACA et 1 g/L pour les fluoro-ADB ou l’ADB-4en-PINACA.
Conclusion
Notre étude rétrospective révèle, si ce n’est une augmentation de la pratique PTC, au moins une attention plus marquée des forces de l’ordre à ce sujet. À l’image de beaucoup d’autres nouveaux produits de synthèse, les PTC ont bouleversé les habituels marqueurs des stupéfiants illicites et compliquer le travail des enquêteurs. Leur forme liquide, leur flaconnage, leur packaging et leur consommation en e-cigarette peuvent les confondre avec les produits licites en vente libre. Comme de nombreux produits illicites, les PTC restent de composition qualitative et quantitative variable et inconnue de l’usager qui s’expose à des complications neurologiques, psychiatriques, cardiovasculaires et rénales, potentiellement mortelles. Les équipes de secours et les services d’accueil et d’urgences voient ainsi augmenter les usagers intoxiqués par le PTC.
{"title":"PTC : évolution récente des sollicitations pour analyse","authors":"O. Roussel, E. Eliot, S. Reiss, V. Cirimele, M. Chèze, R. Goncalves","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.069","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.069","url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Voici plus de 15 ans que les cannabinoïdes de synthèse (CS) sont sortis des laboratoires de recherche pour envahir très progressivement l’espace public. Leurs usages ne sont pas homogènes et ils rassemblent des pratiques différentes selon la pharmacologie et la disponibilité des substances et/ou selon les territoires et les populations. L’appellation pète ton crâne ou PTC est apparue au cours de l’année 2015. De nos jours, la pratique du PTC est associée aux e-liquides contenant des CS et à leur consommation par e-cigarette. Le « Spice » ou « la Chimique », qui consistent en des mélanges de cannabinoïdes de synthèse respectivement avec des fragments végétaux ou avec du tabac, sont consommés par l’intermédiaire d’une cigarette classique en papier. Ces derniers mois, les sollicitations pour l’analyse de e-liquides ont augmenté au laboratoire et l’ampleur du marché se dévoile progressivement. Nous proposons ainsi une première étude rétrospective de nos données.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Synthèse rétrospective de nos 50 échantillons de PTC du 1<sup>er</sup> novembre 2024 au 1<sup>er</sup> juillet 2025.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Toutes les saisies se composaient d’au moins un cannabinoïde de synthèse mais des combinaisons de 2 ou 3 cannabinoïdes ont été observées. Cinq substances ou familles se distinguaient par leur fréquence : le MDMB-4en-PINACA (23 %), l’ADB-BUTINACA (20 %), le MDMB-BUTINACA (19 %), le MDMB-INACA (19 %) et les fluoro-ADB (12 %). Les concentrations de chacun des CS variaient entre les saisies, les concentrations maximales observées étaient de près de 5<!--> <!-->g/L pour le MDMB-4en-PINACA, 1,5<!--> <!-->g/L pour l’ADB-BUTINACA et 1<!--> <!-->g/L pour les fluoro-ADB ou l’ADB-4en-PINACA.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Notre étude rétrospective révèle, si ce n’est une augmentation de la pratique PTC, au moins une attention plus marquée des forces de l’ordre à ce sujet. À l’image de beaucoup d’autres nouveaux produits de synthèse, les PTC ont bouleversé les habituels marqueurs des stupéfiants illicites et compliquer le travail des enquêteurs. Leur forme liquide, leur flaconnage, leur packaging et leur consommation en e-cigarette peuvent les confondre avec les produits licites en vente libre. Comme de nombreux produits illicites, les PTC restent de composition qualitative et quantitative variable et inconnue de l’usager qui s’expose à des complications neurologiques, psychiatriques, cardiovasculaires et rénales, potentiellement mortelles. Les équipes de secours et les services d’accueil et d’urgences voient ainsi augmenter les usagers intoxiqués par le PTC.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S123"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145366145","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.019
M. Labadie, C. Bragança, C. Paradis
<div><h3>Objectif</h3><div>En France, l’exposition chronique d’une population à une pollution environnementale telle que des sols pollués est une occurrence qui est fréquente <span><span>[1]</span></span>. Il existe de nombreux exemples dans la presse, et de nombreux dossiers de patients dans les différents services de santé qui s’occupent de cette problématique, notamment l’Agence régionale de santé (ARS), le centre de consultation de pathologie professionnelle et environnementale (CPPE) et les centres antipoison (CAP). Ces expositions concernent le plus souvent une population de plusieurs centaines de personnes, voire plusieurs milliers. Lorsque ces personnes apprennent leur exposition à un sol pollué, elles ressentent un stress très important, parfois pourvoyeur de symptômes et s’interrogent sur les risques pour leur santé, déjà pris et à venir si l’exposition est maintenue. Elles s’interrogent aussi sur l’imputabilité des maladies dont elles sont atteintes avec l’exposition dont elles ont eu connaissance. De plus, lorsqu’il survient des symptômes nouveaux, ou des maladies nouvelles, les personnes exposées ont recours au système de soin pour une prise en charge, parfois même en urgence, parce que les symptômes sont importants et/ou graves, ou parce qu’elles ont l’impression que personne ne prend en compte leur situation, et elles font le lien, à tort ou à raison, avec leur exposition à ce sol pollué. Dans ces cas où il existe une urgence ressentie ou réelle, les patients ont souvent recours aux services d’urgence que sont les centres 15, les services d’urgence, et les CAP. L’objectif de cette présentation est de montrer la nécessaire collaboration entre le centre antipoison et les services d’urgences ou de régulation lorsqu’un patient sollicite l’un deux pour une exposition chronique à un sol pollué.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Une revue de la littérature dans les moteurs de recherche PubMed et Google Scholar avec les mots clefs « Pollued soils/contaminated soils » et « Human effects et/ou Emergency » et/ou « Emergency treatment » a été effectuée.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>La revue de la littérature ne retrouve aucun article qui traite spécifiquement de la prise en charge globale des patients au moment de la révélation des faits, et des actions à mettre en œuvre lorsque ces patients consultent dans les services d’urgence et/ou font appel au 15 (en dehors des accidents aigus bien-sûr). Un seul article, ancien, traite de la réponse des institutions françaises mais seuls sont cités les centres antipoison, les centres 15 et les services d’urgence ne sont pas mentionnés <span><span>[2]</span></span>. Généralement, les centres antipoison sont informés par leur ARS, Santé publique France (SpF) et/ou par les communes concernées qui sont demandeuses d’explications, et/ou par les patients qui appellent spontanément et peuvent obtenir le détail de la nature de la pollution, les résultats des différents prélèvements environnementaux
{"title":"Sols pollués : quelle articulation entre l’urgentiste et le centre antipoison ?","authors":"M. Labadie, C. Bragança, C. Paradis","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.019","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.019","url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>En France, l’exposition chronique d’une population à une pollution environnementale telle que des sols pollués est une occurrence qui est fréquente <span><span>[1]</span></span>. Il existe de nombreux exemples dans la presse, et de nombreux dossiers de patients dans les différents services de santé qui s’occupent de cette problématique, notamment l’Agence régionale de santé (ARS), le centre de consultation de pathologie professionnelle et environnementale (CPPE) et les centres antipoison (CAP). Ces expositions concernent le plus souvent une population de plusieurs centaines de personnes, voire plusieurs milliers. Lorsque ces personnes apprennent leur exposition à un sol pollué, elles ressentent un stress très important, parfois pourvoyeur de symptômes et s’interrogent sur les risques pour leur santé, déjà pris et à venir si l’exposition est maintenue. Elles s’interrogent aussi sur l’imputabilité des maladies dont elles sont atteintes avec l’exposition dont elles ont eu connaissance. De plus, lorsqu’il survient des symptômes nouveaux, ou des maladies nouvelles, les personnes exposées ont recours au système de soin pour une prise en charge, parfois même en urgence, parce que les symptômes sont importants et/ou graves, ou parce qu’elles ont l’impression que personne ne prend en compte leur situation, et elles font le lien, à tort ou à raison, avec leur exposition à ce sol pollué. Dans ces cas où il existe une urgence ressentie ou réelle, les patients ont souvent recours aux services d’urgence que sont les centres 15, les services d’urgence, et les CAP. L’objectif de cette présentation est de montrer la nécessaire collaboration entre le centre antipoison et les services d’urgences ou de régulation lorsqu’un patient sollicite l’un deux pour une exposition chronique à un sol pollué.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Une revue de la littérature dans les moteurs de recherche PubMed et Google Scholar avec les mots clefs « Pollued soils/contaminated soils » et « Human effects et/ou Emergency » et/ou « Emergency treatment » a été effectuée.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>La revue de la littérature ne retrouve aucun article qui traite spécifiquement de la prise en charge globale des patients au moment de la révélation des faits, et des actions à mettre en œuvre lorsque ces patients consultent dans les services d’urgence et/ou font appel au 15 (en dehors des accidents aigus bien-sûr). Un seul article, ancien, traite de la réponse des institutions françaises mais seuls sont cités les centres antipoison, les centres 15 et les services d’urgence ne sont pas mentionnés <span><span>[2]</span></span>. Généralement, les centres antipoison sont informés par leur ARS, Santé publique France (SpF) et/ou par les communes concernées qui sont demandeuses d’explications, et/ou par les patients qui appellent spontanément et peuvent obtenir le détail de la nature de la pollution, les résultats des différents prélèvements environnementaux ","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S92"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145366158","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.061
J. Langrand , W. Caré , E. Puskarczyk
<div><h3>Objectif</h3><div>Les sachets de nicotine (<em>nicotine pouches</em>) contiennent des fibres de polymères imprégnées de nicotine. Sur le marché européen depuis 2018 et sans réglementation dédiée, le nombre d’unités vendues ne cesse d’augmenter. Cette présence s’est traduite par une augmentation du nombre de cas d’expositions rapportés en France aux centres antipoison (CAP) entre 2017 et 2022, en particulier chez les adolescents ayant présenté parfois un syndrome nicotinique sévère <span><span>[1]</span></span>. L’objectif était de décrire l’évolution de ces occurrences entre 2023 et 2024.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Étude rétrospective des cas rapportés aux CAP entre le 1<sup>er</sup> janvier 2023 et le 31 décembre 2024, de toute personne ayant consommé volontairement ou accidentellement un sachet de nicotine ou du <em>snus</em> (sachet contenant du tabac broyé, consommé de la même manière qu’un sachet de nicotine avec lequel il peut être confondu).</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Les CAP ont reçu 90 appels en lien avec la consommation de sachets de nicotine et deux appels pour une consommation de <em>snus</em> : 29 cas en 2023 et 63 cas en 2024. Plus d’une personne sur deux était âgée de 12 à 17 ans (53,9 %, médiane 16 ans), avec une consommation majoritairement en milieu scolaire (64,6 %). Le sex-ratio (H/F) était de 3,4. Des signes cliniques étaient rapportés dans 70,7 % des cas. En se focalisant sur les mineurs, cette proportion passait à 86,2 %. Douze cas étaient de gravité moyenne (PSS2), concernaient des personnes âgées de moins de 20 ans, avec un syndrome nicotinique sévère nécessitant une prise en charge hospitalière. Pour huit d’entre eux, la consommation avait eu lieu dans un établissement scolaire. La méconnaissance du produit consommé était parfois rapportée : incitation par l’entourage amical ou par les réseaux sociaux dans le but de maintenir l’éveil ou d’améliorer les performances sportives.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Les chiffres de 2023 et 2024 confirment les tendances précédemment observées : l’augmentation du nombre de cas rapportés (3 cas en 2020, 15 cas en 2021 et 27 cas en 2022), et le fait que les adolescents constituent la population la plus à risque d’intoxications sévères après consommation de sachets de nicotine <span><span>[2]</span></span>. Alors que l’encadrement législatif de la vente de ces produits est à l’étude, les risques d’intoxication à court terme et de dépendance à la nicotine à plus long terme chez les adolescents persistent. Une campagne d’information de type <em>« Pas touche aux pouches »</em> devrait être mise en œuvre. Par ailleurs, une attention devrait être portée à l’émergence sur le marché de sachets sans nicotine contenant des analogues nicotiniques (par exemple la 6-méthylnicotine – ou métatine), dont les données toxicologiques sont encore insuffisantes, alors que ces produits sont déjà bien implantés sur le marché européen. À titre d’exemple, la Base nation
{"title":"Évolution des intoxications aiguës par sachets de nicotine en France : données des centres antipoison entre 2023 et 2024","authors":"J. Langrand , W. Caré , E. Puskarczyk","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.061","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.061","url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Les sachets de nicotine (<em>nicotine pouches</em>) contiennent des fibres de polymères imprégnées de nicotine. Sur le marché européen depuis 2018 et sans réglementation dédiée, le nombre d’unités vendues ne cesse d’augmenter. Cette présence s’est traduite par une augmentation du nombre de cas d’expositions rapportés en France aux centres antipoison (CAP) entre 2017 et 2022, en particulier chez les adolescents ayant présenté parfois un syndrome nicotinique sévère <span><span>[1]</span></span>. L’objectif était de décrire l’évolution de ces occurrences entre 2023 et 2024.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Étude rétrospective des cas rapportés aux CAP entre le 1<sup>er</sup> janvier 2023 et le 31 décembre 2024, de toute personne ayant consommé volontairement ou accidentellement un sachet de nicotine ou du <em>snus</em> (sachet contenant du tabac broyé, consommé de la même manière qu’un sachet de nicotine avec lequel il peut être confondu).</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Les CAP ont reçu 90 appels en lien avec la consommation de sachets de nicotine et deux appels pour une consommation de <em>snus</em> : 29 cas en 2023 et 63 cas en 2024. Plus d’une personne sur deux était âgée de 12 à 17 ans (53,9 %, médiane 16 ans), avec une consommation majoritairement en milieu scolaire (64,6 %). Le sex-ratio (H/F) était de 3,4. Des signes cliniques étaient rapportés dans 70,7 % des cas. En se focalisant sur les mineurs, cette proportion passait à 86,2 %. Douze cas étaient de gravité moyenne (PSS2), concernaient des personnes âgées de moins de 20 ans, avec un syndrome nicotinique sévère nécessitant une prise en charge hospitalière. Pour huit d’entre eux, la consommation avait eu lieu dans un établissement scolaire. La méconnaissance du produit consommé était parfois rapportée : incitation par l’entourage amical ou par les réseaux sociaux dans le but de maintenir l’éveil ou d’améliorer les performances sportives.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Les chiffres de 2023 et 2024 confirment les tendances précédemment observées : l’augmentation du nombre de cas rapportés (3 cas en 2020, 15 cas en 2021 et 27 cas en 2022), et le fait que les adolescents constituent la population la plus à risque d’intoxications sévères après consommation de sachets de nicotine <span><span>[2]</span></span>. Alors que l’encadrement législatif de la vente de ces produits est à l’étude, les risques d’intoxication à court terme et de dépendance à la nicotine à plus long terme chez les adolescents persistent. Une campagne d’information de type <em>« Pas touche aux pouches »</em> devrait être mise en œuvre. Par ailleurs, une attention devrait être portée à l’émergence sur le marché de sachets sans nicotine contenant des analogues nicotiniques (par exemple la 6-méthylnicotine – ou métatine), dont les données toxicologiques sont encore insuffisantes, alors que ces produits sont déjà bien implantés sur le marché européen. À titre d’exemple, la Base nation","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S118-S119"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145366161","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}
Pub Date : 2025-10-25DOI: 10.1016/j.toxac.2025.09.022
C. Tournoud , R. Garnier , M. Labadie , J.C. Gallart
Introduction
La visibilité d’une société savante n’est pas seulement en rapport avec le nombre de ses adhérents mais aussi en fonction de ses travaux scientifiques, qui doivent tenir compte des problématiques toxicologiques actuelles et urgentes, en particulier les aspects de toxicologie environnementale.
Objectif
Faire connaître les travaux de la Société de toxicologie clinique (STC), notamment concernant les aspects environnementaux.
Méthode
Les recommandations de pratique clinique sont établies selon la méthodologie de la Haute autorité de santé. Elles sont basées sur un argumentaire scientifique, s’appuyant sur une bibliographie large et actualisée, avec la participation de différentes sociétés savantes, d’experts d’agences nationales comme l’Anses ou SpF, qui élaborent les valeurs de référence internes et populationnelles d’usagers du système de santé concernés par la problématique environnementale.
Résultats
Les recommandations produites doivent être pratiques et applicables, servant aux professionnels de santé et aux pouvoirs publics, et sont accompagnées d’une fiche explicative à l’intention des usagers. Plusieurs recommandations ont déjà été rédigées : sur la prise en charge des femmes enceintes et de l’enfant à naître lors d’une exposition au mercure organique pendant la grossesse, sur le dépistage, la prise en charge et le suivi des personnes potentiellement surexposées à l’arsenic en raison de leur lieu de résidence, ou potentiellement exposées dans les mêmes conditions au cadmium. Actuellement, sont en cours d’autres travaux dans le domaine environnemental. Il est probable que dans l’avenir la Direction générale de la santé (DGS) sollicite la STC pour des travaux sur certaines substances préoccupantes suite à des pollutions hydriques objectivées dans certaines régions. D’autre part, la STC a été sollicitée pour participer à d’autres recommandations pour d’autres sociétés savantes promotrices, en tant que société savante collaboratrice.
Conclusion
La STC est engagée dans des travaux scientifiques, réalisés à la demande de la DGS, reconnus par tous comme de qualité, en coopération avec la HAS, et qui propose des recommandations pragmatiques et scientifiquement appuyées [1].
{"title":"Recommandations de bonnes pratiques STC/HAS actuelles et à venir : la place de l’environnement","authors":"C. Tournoud , R. Garnier , M. Labadie , J.C. Gallart","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.022","DOIUrl":"10.1016/j.toxac.2025.09.022","url":null,"abstract":"<div><h3>Introduction</h3><div>La visibilité d’une société savante n’est pas seulement en rapport avec le nombre de ses adhérents mais aussi en fonction de ses travaux scientifiques, qui doivent tenir compte des problématiques toxicologiques actuelles et urgentes, en particulier les aspects de toxicologie environnementale.</div></div><div><h3>Objectif</h3><div>Faire connaître les travaux de la Société de toxicologie clinique (STC), notamment concernant les aspects environnementaux.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Les recommandations de pratique clinique sont établies selon la méthodologie de la Haute autorité de santé. Elles sont basées sur un argumentaire scientifique, s’appuyant sur une bibliographie large et actualisée, avec la participation de différentes sociétés savantes, d’experts d’agences nationales comme l’Anses ou SpF, qui élaborent les valeurs de référence internes et populationnelles d’usagers du système de santé concernés par la problématique environnementale.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Les recommandations produites doivent être pratiques et applicables, servant aux professionnels de santé et aux pouvoirs publics, et sont accompagnées d’une fiche explicative à l’intention des usagers. Plusieurs recommandations ont déjà été rédigées : sur la prise en charge des femmes enceintes et de l’enfant à naître lors d’une exposition au mercure organique pendant la grossesse, sur le dépistage, la prise en charge et le suivi des personnes potentiellement surexposées à l’arsenic en raison de leur lieu de résidence, ou potentiellement exposées dans les mêmes conditions au cadmium. Actuellement, sont en cours d’autres travaux dans le domaine environnemental. Il est probable que dans l’avenir la Direction générale de la santé (DGS) sollicite la STC pour des travaux sur certaines substances préoccupantes suite à des pollutions hydriques objectivées dans certaines régions. D’autre part, la STC a été sollicitée pour participer à d’autres recommandations pour d’autres sociétés savantes promotrices, en tant que société savante collaboratrice.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>La STC est engagée dans des travaux scientifiques, réalisés à la demande de la DGS, reconnus par tous comme de qualité, en coopération avec la HAS, et qui propose des recommandations pragmatiques et scientifiquement appuyées <span><span>[1]</span></span>.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S93"},"PeriodicalIF":1.7,"publicationDate":"2025-10-25","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":null,"resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":"145366150","PeriodicalName":null,"FirstCategoryId":null,"ListUrlMain":null,"RegionNum":0,"RegionCategory":"","ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":"","EPubDate":null,"PubModel":null,"JCR":null,"JCRName":null,"Score":null,"Total":0}